Aujourd’hui était ma première journée de travail après une semaine de relâche. Déjà, je suis HYPER frustrée. Non, je ne suis pas frustrée. Je suis plutôt écoeurée. Et quand je dis écoeurée, je ne veux pas dire tannée, fatiguée. Non, je reviens au travail après une semaine de repos et ma journée d’enseignement s’est plutôt bien passée. Non, quand je dis écoeurée, je veux dire dégoûtée et de beaucoup.
Je vous ai déjà parlé d’une collègue qui a un groupe atroce, non, deux élèves qui lui siphonnent énormément d’énergie. Vous vous souviendrez qu’elle n’a pu envoyé l’un d’eux dans une classe spéciale parce que l’école qui devait le recevoir est en crise interne (Les profs tombent comme des mouches parce qu’ils ont des cas psychiatriques). Vous vous souviendrez qu’on lui a dit: “Courage, ma belle. Il ne reste que 5 mois. T’es capable.” C’est le seul soutien auquel elle a eu droit. Eh bien, elle n’est pas entrée aujourd’hui. Ce n’est pas sûr encore, mais probablement qu’elle va mettre quelques semaines avant de revenir. Ça m’horipile! Comment peut-on mettre des êtres vivants aussi à bout? Cette enseignante est super bonne et elle souffre terriblement, pouvez-vous imaginer ce que l’enfant vit jour après jour, année après année et qu’on ne lui apporte aucun soutien. Bref, ça me lève le coeur… réellement.
Puis, en fin de journée, j’apprenais une mauvaise nouvelle me concernant personnellement ainsi que mes élèves. Cette année, j’enseigne à un groupe d’élèves qui ont été combinés. J’ai des élèves de niveau 5è année et j’en ai d’autres qui sont de niveau 6è année. Pour trois ans, les écoles qui ont ce qu’on appelle des classes-cycle ont droit à un budget supplémentaire pour acheter du matériel particulier puisqu’on ne peut utiliser celui présent en classe.
Pourquoi? Tout simplement parce que si je veux enseigner à toute ma classe en même temps en ne diminuant mes exigences que pour mes élèves de cinquième année, je ne peux utiliser le matériel des 5è puisque mes élèves de 6è l’ont déjà fait. Je ne peux pas non plus utiliser le matériel des 6è puisque mes élèves de 5è l’utiliseront l’an prochain.
Donc, pour cette raison, je dois faire des achats en plus de ceux que je fais annuellement pour les différents projets que nous vivrons dans l’année. Cela fait maintenant presqu’un an qu’on me promet que j’aurai un budget de près de 1000$ pour toutes ces dépenses supplémentaires. L’année est commencée depuis août 2007 et nous venons de recevoir ledit budget. Mais il n’est pas au montant annoncé. Non, je n’ai droit qu’au tiers de ce qu’on m’avait promis. Plus exactement, j’ai reçu 337.95$.
Pour pouvoir commencer mon année, je n’ai pas attendu jusqu’à aujourd’hui pour l’achat de manuels et de cahiers. Eh bien, je suis dans le rouge d’au moins 275$ et l’année n’est pas terminée! Je vous jure que j’ai “jumpé” pas rien qu’à peu près quand j’ai appris la nouvelle sur “Post-it”. J’ai quelques gros projets amorcés qui me coûteront des sous, je ne sais absolument pas où je vais les prendre. Certainement pas de ma poche en tout cas!!!
C’est très simple comment je me sens présentement. J’ai l’impression que le monde entier a abandonné les enseignants du Québec. Depuis que la réforme est entrée dans le milieu, on ne cesse de nager en eaux de plus en plus troubles et je n’ai pas l’impression que ça va s’arranger de sitôt.
Si bien que si je le pouvais, j’irais aujourd’hui dans le grand nord québécois. Leurs problèmes, eux, sont véridiques. Nous, on se les occasionne par nous-mêmes, par manque de volonté.
J’aime encore beaucoup enseigner, mais tout ce qu’il y a autour me dégoûte à un point tel que je me demande sérieusement combien de temps je vais pouvoir encore tenir.